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Le conditionnement - Comment se construisent nos comportements.

  • Photo du rédacteur: Carole Rutbi
    Carole Rutbi
  • 21 avr.
  • 6 min de lecture

Pourquoi avons-nous certaines habitudes ? Pourquoi réagissons-nous automatiquement dans certaines situations ?

La réponse se trouve en grande partie dans le conditionnement, un concept clé en psychologie apparu au XXe siècle et principalement théorisé par trois grands chercheurs.

Le conditionnement désigne un processus d’apprentissage par lequel nos comportements sont influencés par notre environnement, nos expériences et les conséquences de nos actions. Deux grandes formes ont marqué l’histoire de la psychologie : le conditionnement classique et le conditionnement opérant.


Le conditionnement classique : le chien de Pavlov.


Mis en évidence par Ivan Pavlov, le conditionnement classique repose sur l’association entre deux stimuli (éléments internes ou externes) qui, à force d’être associés, finissent par provoquer des réactions automatiques.


Son expérience.

Pavlov a mis un chien au contact de nourriture et a mesuré les réponses physiologiques. Le chien a salivé, ce qui paraît logique. Puis, à chaque présentation de la nourriture, il associait une sonnette.

Progressivement, le chien a commencé à saliver à l'écoute de la sonnette, et non plus à la présentation de la nourriture.

Autrement dit :

  • Chien + nourriture = salivation

  • Introduction d’une sonnette

  • Chien + sonnette = salivation

Le cerveau a ainsi créé une association automatique entre deux éléments qui n'avaient, a priori, rien à voir : la sonnette et la salivation.

Dans le quotidien, cela se manifeste très fréquemment : ressentir une émotion à l’écoute d’une musique, avoir faim en sentant une odeur spécifique, etc.

Certains troubles psychologiques, notamment anxieux, peuvent débuter par ce type de conditionnement. Par exemple, la peur des chiens :

  • Moi + chien = réaction neutre ou joie

  • Chien agressif, morsure → peur

  • Chien + moi = peur


Le conditionnement opérant : le comportement influencé par ses conséquences.


Développé par Burrhus Frederic Skinner, ce type de conditionnement repose sur un principe simple : un comportement est modifié (apparaît, se maintient, augmente ou disparaît) en fonction des conséquences qu’il entraîne, notamment s’il est suivi d’une récompense ou d’une punition.

Il existe deux types de conditionnement opérant.


Le renforcement.

Le renforcement favorise l’apparition, le maintien ou l’augmentation d’un comportement. Il est de deux sortes.


Renforcement positif (la récompense)

Le comportement apporte quelque chose de bénéfique.

Exemples :

  • J’appuie sur la poignée de ma porte → elle s’ouvre → je répète le comportement

  • Je consomme une substance → je ressens du plaisir ou de l’excitation → le comportement se maintient ou augmente


Renforcement négatif (l’évitement)

Le comportement enlève quelque chose de désagréable.

Exemples :

  • J’ai peur de l’avion → je ne prends pas l’avion → disparition de l’anxiété

  • Je suis timide → je ne prends pas la parole → disparition de l’anxiété

  • Le miroir est sale → je le nettoie → disparition de l’inconfort

Ce type de renforcement est significatif dans les troubles psychologiques. Il provoque du soulagement, dont notre cerveau est friand, surtout quand il s'agit d'éviter la souffrance émotionnelle !

Il existe deux types d'évitement.

Les évitements cognitifs : regarder la télé, dormir, jouer aux jeux vidéo, prendre des médicames, des drogues, faire du sport, etc. Tout ce qui permet de se changer les idées ou de mettre de côté nos émotions.

Les évitements comportementaux : fuir, procrastiner, hyper contrôler.


Les deux types de renforcement (positif et négatif) peuvent se cumuler.

Par exemple, certaines consommations peuvent à la fois apporter du bien-être et réduire l’anxiété.


La punition.

La punition diminue ou fait disparaître un comportement.


Punition positive.

Le comportement entraîne l’ajout d’un élément désagréable.

Exemples :

  • Fumer provoque des sensations désagréables → arrêt du comportement

  • Fumer génère de la culpabilité → diminution du comportement.


Punition négative.

Le comportement entraîne la perte d’un élément agréable.

Exemple :

  • Un enfant fait une bêtise → suppression des jeux vidéo ou du téléphone → diminution du comportement.

La punition ne fonctionne pas toujours, ni de manière optimale, notamment chez les enfants. Le renforcement (positif) fonctionne bien mieux la plupart du temps.


En résumé :


Positif

Négatif

Renforcement

Ajout d'une conséquence bénéfique

Retrait d'une conséquence désagréable

Punition

Ajout d'une conséquence désagréable

Retrait d'une conséquence bénéfique.


Du conditionnement au trouble : l’exemple de l’ascenseur.

Situation initiale.

Une personne utilise régulièrement l’ascenseur. Un jour, une panne survient :

C'est une situation stressante.

La personne ressent alors une forte émotion avec des sensations physiques très désagréables (palpitations, sensation d’étouffement).


Étape 1 : le conditionnement classique.

L'ascenseur, qui était neutre au départ est alors considéré comme un danger.

  • Ascenseur = neutre au départ

  • Panne = événement stressant

  • Peur = réponse naturelle

Le cerveau associe alors : ascenseur = danger


Étape 2 : la généralisation.

Progressivement, la peur s’étend :

  • À tous les ascenseurs

  • Puis à d’autres espaces fermés

On parle de généralisation du stimulus.


Étape 3 : le conditionnement opérant.

La personne se met alors à éviter les ascenseurs et/ou les espaces clos :

  • Elle prend les escaliers, ne s'enferme pas dans les toilettes, etc.

  • Elle ressent du soulagement.

Ce soulagement agit comme un renforcement négatif.

Le cerveau apprend : éviter = moins d’angoisse / c'est ma seule manière de faire face.

Le comportement d’évitement se renforce, créant un cercle vicieux :

Moins la personne affronte sa peur → Plus la peur persiste ou augmente → Moins la personne affronte sa peur → etc.

Le conditionnement opérant entretient ainsi ce que le conditionnement classique a initialement créé.

Et nous voilà entrés dans le trouble psychologique, significatif par sa souffrance et le handicap au quotidien.


Le conditionnement vicariant : apprendre en observant.


Le conditionnement vicariant, ou apprentissage par observation, désigne le fait d’apprendre en observant les conséquences vécues par les autres, sans expérimenter directement la situation.

Ce concept a été largement étudié par Albert Bandura.


Définition.

Apprendre à partir des récompenses et des punitions observées chez autrui :

  • Voir quelqu’un être récompensé → imitation

  • Voir quelqu’un être puni → évitement


Exemple dans la vie quotidienne.

Dans une classe :

  • Un élève lève la main → il est félicité

  • Un autre parle sans lever la main → il est réprimandé

L’enfant apprend à lever la main sans avoir été lui-même récompensé ou puni.


Exemple dans les troubles anxieux.

Un enfant observe sa mère paniquer face à un chien → cris, fuite, peur visible

Même sans expérience directe, il peut apprendre : Chien = danger

Cela peut évoluer vers une phobie des chiens.


Pourquoi cela peut devenir problématique.

Le conditionnement vicariant peut :

  • Transmettre des peurs

  • Renforcer l’évitement

  • Contribuer à des schémas anxieux

Il souligne l’importance de l’environnement social dans la construction psychologique, en particulier chez l’enfant.


Conclusion.


Le conditionnement est un mécanisme central pour comprendre comment nous apprenons et agissons.

Grâce aux travaux de Pavlov, Skinner et Bandura, nous savons aujourd’hui que nos comportements sont largement influencés par des associations et des conséquences.

En prendre conscience constitue un premier pas vers une meilleure compréhension de soi.


A vous de jouer !

Classez toutes ces situations en fonction du conditionnement qu'elles impliquent :

Attention, les réponses sont juste après.

  1. J'ai un examen à rendre la semaine prochaine et du temps de libre devant moi, je scrolle sur mon téléphone.

  2. J'ai beaucoup trop mangé et mal au ventre.

  3. Je sens une grosseur dans ma poitrine mais je ne prends pas rendez-vous chez le médecin.

  4. Je réponds de manière désagréable à mon ami(e) et il/elle arrête de me parler.

  5. Aujourd'hui, j'ai participé en classe à l'oral et le professeur m'a félicité(e).

  6. Mon réveil sonne, j'appuie sur le bouton pour qu'il s'éteigne à plusieurs reprises.

  7. Quand je fais des blagues, les autres semblent amusés et rient.

  8. Hier soir, je me suis couché(e) tard, aujourd'hui je suis très fatigué(e) et incapable de fonctionner normalement.

  9. J'ai un devoir à rendre, je me dépêche de le terminer.

  10. J'ai publié des photos de moi sur les réseaux et j'ai reçu des "likes"

  11. J'ai passé du temps à écouter mon ami(e) qui ne se sentait pas bien et il/elle m'a chaleureusement remercié(e). Depuis, nous sommes très proches et il/elle se confie souvent à moi.

  12. On me propose d'aller en soirée avec beaucoup de monde, notamment des inconnus. J'invente une excuse pour rester chez moi.

  13. J'ai reçu un avertissement pour mon retard hier et j'ai eu honte ; aujourd'hui je suis arrivé(e) à l'heure.

  14. Je me dispute avec mon conjoint. Je quitte la pièce.

  15. Mon enfant a mangé des biscuits alors que je le lui avais interdit ; je lui enlève son téléphone.

  16. Je reçois des mails régulièrement, j'y réponds le plus vite possible.

  17. Mon voisin me demande un service que je n'ai pas envie de faire mais je dis "oui" quand même.







Réponses :

  1. Renforcements négatif et positif

  2. Punition positive

  3. Renforcement négatif

  4. Punition négative

  5. Renforcement positif

  6. Renforcement négatif

  7. Renforcement positif

  8. Punition positive et négative

  9. Renforcement négatif

  10. Renforcement positif

  11. Renforcement positif

  12. Renforcement négatif

  13. Punition positive et renforcement négatif

  14. Renforcement négatif

  15. Punition négative

  16. Renforcement négatif

  17. Renforcement négatif.

 
 
 

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